Au cœur de l’Aigoual, 121 hectares confiés aux chasseurs pour préserver la nature

Il y a des opérations qui en disent parfois davantage que de longs discours sur la place des chasseurs dans la protection de la biodiversité. L’acquisition de 121 hectares au cœur du massif de l’Aigoual, dans le Gard, en fait partie. La Fondation pour la Préservation de la Nature vient de devenir propriétaire de ce territoire, dont la gestion doit être assurée par la Fédération départementale des chasseurs du Gard. Et le choix du site n’a rien d’anodin. Ces 121 hectares se trouvent dans le périmètre du Parc national des Cévennes et au sein de deux sites Natura 2000. Autrement dit, il ne s’agit pas simplement d’un joli morceau de montagne acheté pour y pratiquer la chasse car le territoire présente de véritables enjeux en matière d’habitats, de zones humides et de biodiversité.
Un territoire d’exception
Le massif de l’Aigoual constitue l’un des secteurs naturels les plus remarquables des Cévennes. Forêts, landes, prairies montagnardes, zones humides et tourbières composent une mosaïque de milieux particulièrement riche. Le site Natura 2000 du massif de l’Aigoual et du Lingas représente à lui seul plus de 10 500 hectares et abrite de nombreuses espèces d’intérêt communautaire. Rosalie des Alpes, loutre d’Europe, écrevisse à pattes blanches, chauves-souris ou encore plusieurs espèces liées aux vieux bois et aux milieux forestiers témoignent de cette richesse. Dans ce décor, les 121 hectares nouvellement acquis représentent certes une superficie modeste à l’échelle du massif. Mais leur intérêt réside précisément dans leur protection foncière et dans la gestion qui va désormais leur être appliquée. Car une chose est de proclamer que la biodiversité doit être protégée. Une autre est d’acheter des hectares, d’en assurer la conservation et de consacrer des moyens à leur suivi dans la durée.
Les chasseurs ne découvrent pas l’Aigoual
La Fédération des chasseurs du Gard ne débarque d’ailleurs pas en terrain inconnu. Depuis de nombreuses années, elle participe au suivi de la faune sauvage sur l’Aigoual, notamment à travers les comptages de cervidés et le suivi du mouflon. Ce travail est réalisé en relation avec les différents acteurs du territoire, notamment le Parc national des Cévennes et l’ONF. Le mouflon constitue à cet égard un exemple particulièrement intéressant. Introduite sur l’Aigoual dans les années 1950, l’espèce fait depuis plusieurs décennies l’objet d’un suivi associant différents partenaires. Le cerf bénéficie lui aussi d’un suivi au brame permettant de mesurer l’évolution des populations. Cette connaissance du terrain est précisément ce qui donnera son intérêt au futur plan de gestion des 121 hectares. La Fédération ne devra pas simplement entretenir une propriété. Elle devra identifier les habitats, suivre leur évolution, préserver les milieux sensibles et déterminer les interventions nécessaires. Bref, faire ce que font tous les gestionnaires d’espaces naturels, c’est-à-dire observer, mesurer, intervenir lorsque cela est nécessaire et évaluer les résultats.
Acheter la nature plutôt que simplement en parler
L’opération pose finalement une question beaucoup plus large. Dans le débat sur la biodiversité, les chasseurs sont souvent présentés uniquement à travers leur activité de prélèvement. Or, depuis plusieurs années, le monde cynégétique développe également une stratégie foncière destinée à préserver durablement des espaces naturels. La Fondation pour la Préservation de la Nature a ainsi constitué un réseau de propriétés acquises par le monde cynégétique et confiées aux fédérations départementales pour leur gestion. Le principe est simple, premièrement devenir propriétaire pour garantir la vocation naturelle des terrains et disposer, dans le temps, d’un véritable outil de gestion. L’Aigoual apporte une dimension supplémentaire à cette démarche. Ici, les chasseurs ne revendiquent pas seulement leur connaissance d’un territoire, mais ils en deviennent aussi les gardiens au sens le plus concret du terme. 121 hectares, ce n’est pas toute la biodiversité des Cévennes. Mais c’est 121 hectares dont l’avenir sera désormais directement lié à un projet de conservation, de connaissance et de gestion. Et dans un monde où la protection de la nature se résume parfois à multiplier les classements et les panneaux, il n’est peut-être pas inutile de rappeler qu’il existe une autre manière de protéger un territoire : l’acheter, le connaître, le gérer et le transmettre.

Crédit photos FDC30

Source : https://www.chassons.com/actus/au-coeur-de-laigoual-121-hectares-confies-aux-chasseurs-pour-preserver-la-nature/434299/

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