Un média anti-chasse? Quand un drame américain devient un procès de la chasse française

Il y a des faits divers qui méritent d’être racontés. Et puis il y a la manière de les raconter. C’est précisément là que le cas de Midi Libre interpelle. Le quotidien régional vient de publier le récit d’un drame survenu dans le Delaware, aux États-Unis où un chasseur de 74 ans aurait confondu une femme avec un cerf et ouvert le feu depuis un affût. La victime, âgée de 39 ans, est décédée de ses blessures. L’homme a été arrêté et poursuivi par la justice américaine. Un drame épouvantable, évidemment. Une erreur de tir qui devra être sanctionnée à la hauteur de ses conséquences. Mais pourquoi donc titrer : « Il croit voir un cerf et ouvre le feu : un chasseur tire sur une femme dans un champ, elle meurt de sa blessure par balle », sans faire apparaître immédiatement dans le titre que cette affaire s’est déroulée aux États-Unis ? Le lecteur qui ne va pas plus loin peut parfaitement croire qu’un nouveau drame de chasse vient de se produire dans son environnement. Il faudra attendre l’article pour découvrir que nous sommes à plusieurs milliers de kilomètres de Montpellier, de Béziers ou de Nîmes. Et ce détail n’est pas anodin.
Une information vraie, mais un traitement qui interroge
Personne ne demande à Midi Libre de cacher un accident de chasse parce qu’il s’est produit outre-Atlantique. Mais lorsqu’un média régional choisit de mettre en avant un fait divers américain, il serait peut-être utile d’en expliquer le contexte et les différences avec la pratique française. Les réglementations, les modes de chasse, les formations, les territoires et les habitudes de chasse ne sont pas identiques d’un pays à l’autre. Une erreur commise par un chasseur américain ne peut pas devenir mécaniquement une illustration de la situation française. Et surtout, une règle fondamentale ne change pas où que l’on soit, on identifie sa cible avant de tirer. En France, les règles de sécurité de la chasse encadrent précisément les conditions de tir et rappellent cette obligation élémentaire. Le drame américain est donc aussi l’occasion de rappeler une évidence car la sécurité n’est jamais négociable. Mais pourquoi faudrait-il transformer cette tragédie en nouvel épisode d’un feuilleton français de la « chasse dangereuse » ?

Une curieuse séquence éditoriale
La question devient encore plus légitime lorsque l’on replace cet article dans son contexte immédiat. Le 18 septembre, Midi Libre lançait un appel à témoignages particulièrement orienté : « Vous ne supportez plus la chasse près de chez vous ? Il y a des tensions dans votre village ? Racontez-nous. » Donner la parole aux riverains est parfaitement légitime. Mais pourquoi commencer par demander à ceux qui « ne supportent plus » la chasse de témoigner ? Pourquoi ne pas interroger plus largement la cohabitation entre chasseurs, agriculteurs, promeneurs, propriétaires et autres usagers de la nature ? Le choix des mots n’est jamais complètement neutre. Quelques jours plus tard, voilà donc un nouveau titre anxiogène sur un accident de chasse… aux États-Unis. On peut difficilement reprocher aux chasseurs de s’interroger sur la cohérence de cette séquence éditoriale de plus en période d’ouverture de la chasse …
Midi Libre est-il devenu anti-chasse ?
Ce serait sans doute aller trop vite que de l’affirmer. Le journal publie aussi des articles donnant la parole aux chasseurs et relatant leur activité dans les territoires ruraux. Mais il existe une différence entre dire qu’un journal est « anti-chasse » et constater qu’il choisit régulièrement, sur ce sujet, des angles susceptibles d’alimenter l’inquiétude, le conflit ou la polémique. Et c’est précisément cette méthode qui mérite d’être interrogée. La chasse est une activité légale, profondément ancrée dans de nombreux territoires d’Occitanie. Elle compte des dizaines de milliers de pratiquants et fait partie de la vie rurale régionale. Elle peut être discutée, critiquée, questionnée. Elle doit aussi pouvoir être racontée autrement que par les accidents, les conflits de voisinage et les polémiques. Le drame du Delaware est terrible. La justice américaine fera son travail. Mais transformer un accident survenu à plusieurs milliers de kilomètres en nouvel argument émotionnel dans le débat français sur la chasse n’apporte pas grand-chose au lecteur. Sauf peut-être une chose en lui donnant l’impression que, décidément, avec la chasse, il se passe toujours quelque chose. Et c’est peut-être justement cette impression qu’un journal régional devrait prendre soin de ne pas fabriquer.

Source : https://www.chassons.com/actus/un-media-anti-chasse-quand-un-drame-americain-devient-un-proces-de-la-chasse-francaise/434236/

Laisser un commentaire