Luc Besson dénonce un cerf décapité dans sa propriété : avant d’accuser les chasseurs, cherchons déjà la cause

Il y avait une photographie. Il y avait un cerf mort. Il y avait une tête absente. Et surtout, il y avait une date : le premier week-end d’ouverture de la chasse dans l’Orne. Il n’en fallait manifestement pas davantage pour établir un récit. Sur X, Luc Besson a dénoncé la « décapitation » d’un cerf devant chez lui et directement associé cette découverte à la réouverture de la chasse. Plusieurs médias ont repris cette présentation en rapprochant immédiatement le cadavre de l’activité cynégétique. Sauf qu’un élément essentiel vient désormais sérieusement bousculer cette version et selon un communiqué officiel de la Fédération des chasseurs locale, ce cerf n’a pas été tué à la chasse ce week-end.
Un cerf mort depuis plus d’une semaine ?
La communication de la Fédération apporte des précisions qui changent considérablement la lecture de cette affaire. L’animal ne présenterait aucune trace de blessure par balle. Son état de décomposition serait par ailleurs suffisamment avancé pour écarter l’hypothèse d’un animal tué au cours du week-end d’ouverture. Plus étonnant encore et selon la Fédération, le cerf avait été retrouvé et signalé à l’Office français de la biodiversité plus d’une semaine auparavant. Autrement dit, le cadavre photographié le week-end de l’ouverture ne serait pas celui d’un cerf fraîchement prélevé par un chasseur. La Fédération évoque plusieurs causes possibles de la mort, notamment le brame, mais aussi une collision avec un véhicule ou encore le grillage situé à proximité, présenté comme particulièrement accidentogène pour les animaux. Il faudra évidemment laisser aux services compétents le soin d’établir précisément les circonstances de la mort. Mais une chose devient difficile à ignorer maintenant et la chronologie présentée initialement ne semble pas correspondre aux éléments communiqués par les chasseurs locaux.
Une image peut-elle devenir une preuve ?
C’est là que cette affaire devient intéressante bien au-delà du seul cas de Luc Besson. Une photographie de cerf décapité est évidemment spectaculaire. Elle provoque immédiatement l’émotion. Mais elle ne dit ni quand l’animal est mort, ni comment, ni de quoi, ni qui a retiré sa tête. Or, le fait que le cadavre ait été découvert au moment de l’ouverture de la chasse ne signifie pas qu’il ait été tué au moment de l’ouverture. C’est précisément la différence entre une concomitance et une démonstration. Le récit était pourtant particulièrement facile à construire avec un cerf, une tête absente, la chasse qui ouvre, une propriété au cœur d’un conflit ancien avec les chasseurs. Tout semblait s’emboîter. Sauf que les éléments communiqués ensuite viennent fissurer cet enchaînement. Et si le cerf était déjà mort depuis plus d’une semaine, alors le calendrier de l’ouverture de la chasse n’est plus une explication. Il devient simplement une coïncidence.
Le précédent de 2025 ne permet pas de condamner les chasseurs aujourd’hui
Il existe évidemment un lourd conntentieux entre Luc Besson et une partie du monde cynégétique local Et il serait malhonnête de nier le précédent de février 2025 où deux chasseurs avaient poursuivi un cerf jusque sur la propriété du cinéaste avant de l’achever à la dague. Ils ont été condamnés par la justice en janvier 2026. Mais précisément, cette affaire a fait l’objet d’une enquête, d’une procédure judiciaire et d’une décision de justice. Elle ne peut pas servir de preuve dans une nouvelle affaire dont les circonstances sont différentes. Les chasseurs n’ont pas à démontrer leur innocence à partir d’une photographie publiée sur les réseaux sociaux. Ce sont les faits qui doivent permettre d’identifier un éventuel responsable. Et dans le cas présent, les informations communiquées par la Fédération posent une question très simple : comment un cerf mort depuis plus d’une semaine, sans trace apparente de tir, pourrait-il avoir été tué par les chasseurs lors de l’ouverture du week-end ?
La réponse mérite mieux qu’un amalgame.
La chasse est suffisamment réglementée et suffisamment exposée pour que ses pratiquants n’aient aucun intérêt à voir surgir de fausses accusations. Le respect du gibier, la réglementation et l’éthique cynégétique font partie intégrante de cette activité. Mais avant même de parler de chasse, encore faudrait-il établir que cet animal est mort à la chasse. Pour l’instant, les éléments communiqués par la Fédération racontent une autre histoire. Un cerf mort est un fait. Sa tête absente est une image. Mais la cause de sa mort et la date de son décès sont des faits qu’il faut établir. Et dans cette affaire, avant d’accuser les chasseurs, il serait peut-être temps de commencer par regarder attentivement les faits. Un cerf décapité à proximité d’une propriété appartenant à une personnalité engagée depuis longtemps contre la chasse constitue un fait suffisamment grave pour justifier une enquête. Mais le lieu de découverte ne désigne pas automatiquement le coupable. Alors, oui, que celui qui a vraisemblablement profité de la situation pour récupérer le Trophée soit retrouvé. Qu’il soit chasseur, braconnier, provocateur ou autre, qu’il soit identifié et qu’il réponde de ses actes. Mais avant d’accuser les chasseurs, cherchons d’abord celui qui est en possession des bois du cerf. Parce qu’un cerf décapité après un mort naturelle ou accidentelle est un fait. Un chasseur coupable, à ce stade, reste seulement une hypothèse.

Photo d’illustration

Source : https://www.chassons.com/actus/luc-besson-denonce-un-cerf-decapite-contre-sa-propriete-avant-daccuser-les-chasseurs-cherchons-deja-la-cause/434225/

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