Le président américain Donald Trump vient de signer un décret qui pourrait profondément modifier l’accès à la chasse sur les terres fédérales américaines. Présenté comme une mesure destinée à « revitaliser l’héritage de la chasse », le texte va bien au-delà de la seule question des munitions au plomb. Il s’attaque à un problème majeur pour les chasseurs américains pour pouvoir effectivement accéder aux immenses territoires publics du pays. À quelques semaines des élections de mi-mandat, cette décision possède également une évidente dimension politique, même si son intention électorale ne peut être établie.
Des terres publiques, mais parfois inaccessibles
Le principe posé par le décret est particulièrement intéressant : les terres fédérales doivent désormais être considérées avec une présomption d’accessibilité à la chasse, sauf lorsqu’une fermeture peut être justifiée par les conditions locales de la ressource. Les administrations disposent de 180 jours pour proposer des modifications réglementaires allant dans ce sens. Le texte prévoit également de faciliter l’accès aux secteurs aujourd’hui difficiles à atteindre. Routes et infrastructures pourront être construites, réparées ou entretenues pour permettre l’accès aux activités de plein air. Les administrations sont aussi invitées à utiliser les servitudes volontaires, les échanges de terrains ou les accords avec les États et les collectivités pour désenclaver certaines parcelles fédérales. Cette question est loin d’être anecdotique. Une partie importante des chasseurs américains pratique sur des propriétés privées, mais les public lands constituent une possibilité essentielle de chasser sans disposer d’un territoire privé ou d’une autorisation particulière. Améliorer leur accessibilité revient donc à rendre la chasse praticable à un public beaucoup plus large.
Une réforme qui dépasse largement le plomb
Le décret contient une longue liste de mesures. Il demande notamment de simplifier l’autorisation de la chasse aux oiseaux migrateurs, d’encourager le développement de la chasse du dimanche sur les terres fédérales et étatiques, et de permettre l’utilisation de technologies d’assistance pour les personnes handicapées. Il prévoit aussi de développer les programmes de chasse et de tir dans les écoles et de favoriser l’accès à la chasse pour les jeunes et les vétérans. La gestion du gibier est également concernée. Les agences fédérales devront travailler avec les États sur la gestion des habitats, des espèces invasives, des prédateurs et des populations de gibier. Le texte demande par ailleurs de soutenir les programmes de don et de transformation de venaison destinée notamment aux écoles et aux banques alimentaires. Quant au plomb, il figure bien dans le décret, qui demande aux administrations de permettre l’utilisation des munitions et agrès traditionnels. Cela ne signifie toutefois pas que la grenaille de plomb est immédiatement réautorisée pour les oiseaux d’eau car la réglementation fédérale spécifique aux migrateurs demeure un sujet distinct.
Une mesure cynégétique dans un contexte électoral
Le calendrier mérite enfin d’être observé. Les élections américaines de mi-mandat auront lieu en novembre 2026 et détermineront notamment la composition de la Chambre des représentants et d’une partie du Sénat. Il serait hasardeux d’affirmer que le décret a été pris pour gagner des voix. En revanche, le poids politique du monde de la chasse et des armes aux États-Unis est une réalité documentée. En 2024, Donald Trump Jr., Chasseur passionné de notoriété publique, la NRA et Hunter Nation avaient déjà organisé une mobilisation des chasseurs dans plusieurs États disputés afin de les inciter à participer davantage au scrutin. Le décret répond donc à une revendication ancienne des organisations cynégétiques tout en intervenant à un moment politiquement stratégique. Hunter Nation, qui revendique le soutien de 55 millions de sportifs américains, a d’ailleurs immédiatement salué la décision. Au-delà de Donald Trump et des élections, le sujet est finalement très américain : comment permettre au plus grand nombre de citoyens d’accéder à un immense patrimoine naturel appartenant à la collectivité ? En ouvrant ce chantier, Washington ne se contente pas de parler de chasse. Il remet au centre du débat la place du chasseur dans la gestion des espaces publics et dans la conservation de la faune. Une conception du « public land » qui mérite d’être observée de ce côté-ci de l’Atlantique.