Loups équipés de GPS : Madame la ministre, êtes-vous sérieuse ?

Auditionnée le 16 septembre 2026 par la commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale, la ministre de l’Agriculture Annie Genevard a évoqué une piste pour mieux prévenir les attaques de loups sur les troupeaux. Interpellée par le député du Rhône Jean-Luc Fugit au sujet de la situation préoccupante d’éleveurs du massif du Pilat, elle a proposé d’équiper certains loups de dispositifs de géolocalisation afin d’alerter les agriculteurs de leur présence.

« Dans les territoires de très forte prédation ou dans les fronts de colonisation, pourquoi est-ce qu’on n’équiperait pas les loups de GPS, pour que des alertes soient faites auprès des éleveurs ? », a déclaré la ministre. Avant d’ajouter : « On a la capacité technique d’équiper les loups. » Annie Genevard a toutefois reconnu la nécessité de trouver des solutions concrètes : « Il faut bien trouver des solutions. Si vous en avez de meilleures, je suis preneuse. »

Certes nous sommes à l’aire du tout numérique, notre smartphone nous géolocalise en permanence et ChatGPT répond à toutes nos questions. Mais enfin, est-ce vraiment une réponse cohérente madame la ministre ? On note surtout l’impuissance du gouvernement sur ce sujet, malgré la bonne volonté de certains membres.
Des loups équipés de GPS : une idée difficilement réalisable
Sur le papier, le principe peut sembler séduisant. Identifier certains loups, suivre leurs déplacements et prévenir les éleveurs lorsqu’un animal s’approche d’une zone d’élevage pourrait contribuer à anticiper certaines situations. Dans la réalité, la mise en œuvre d’un tel dispositif soulève de nombreuses difficultés. Il faut d’abord capturer les animaux, les immobiliser, les équiper puis les relâcher dans des conditions garantissant leur sécurité et celle des intervenants. Surtout, une simple puce d’identification implantée sous la peau ne permet pas de suivre un animal à distance. Un véritable système GPS nécessite une source d’énergie, une antenne et un dispositif de transmission. Il s’agit donc davantage d’un collier ou d’un équipement de télémétrie que d’une banale puce.

La question de la durée d’autonomie, de la résistance du matériel, de la couverture réseau et de la précision des alertes se poserait également. Enfin, tous les loups présents sur un territoire ne pourraient évidemment pas être équipés. Le dispositif risquerait donc de ne fournir qu’une vision partielle des déplacements des meutes. À ce stade, cette proposition apparaît ainsi particulièrement complexe, voire difficilement opérationnelle à grande échelle.
Qui capturera les loups et qui recevra les alertes ?
Une autre interrogation concerne les moyens humains nécessaires. Qui serait chargé de capturer les loups ? Les agents de l’Office français de la biodiversité, les lieutenants de louveterie ou des équipes spécialisées spécialement formées pour cette mission ? Avec quelles autorisations et dans quelles conditions de sécurité ? La question de l’alerte reste tout aussi importante. Comment les éleveurs seraient-ils prévenus ? Par SMS, par une application ou par un système connecté aux équipements de surveillance des troupeaux ? Et surtout, que pourraient-ils faire concrètement après avoir reçu une notification signalant la présence d’un loup à proximité ? On voit mal un agriculteur réaliser un tir de défense sur un loup qui a coûté plusieurs milliers d’euros pour être équipé de sa balise…

Une alerte ne remplacera ni une présence humaine, ni une protection physique, ni une possibilité d’intervention rapide. Elle pourrait, au mieux, constituer un outil complémentaire dans certains secteurs. Et si ce n’est que pour suivre l’avancée du loup en France, la géniale idée de la ministre arrive un peu tard, ils sont déjà partout !
Des millions d’euros déjà consacrés à la protection des troupeaux
Cette nouvelle piste intervient alors que la politique de prévention de la prédation représente déjà un coût important pour les finances publiques. Selon l’arrêté ministériel du 23 février 2026, les aides publiques consacrées aux moyens préventifs non létaux dépassent 40 millions d’euros par an. À cela s’ajoutent environ 3,7 millions d’euros d’indemnisations annuelles pour les animaux victimes de prédation. Ces sommes financent notamment le gardiennage, les clôtures électrifiées, les études de vulnérabilité et les chiens de protection. Or, malgré cet arsenal de mesures, certains éleveurs continuent de subir des attaques importantes, y compris dans des troupeaux déjà protégés.
Les chiens de protection ne peuvent pas être l’unique réponse
Contrairement à ce que préconisent certains responsables écologistes, la multiplication des chiens de protection ne saurait constituer une réponse universelle à l’expansion du loup. Ces animaux peuvent jouer un rôle utile, mais leur présence implique des contraintes importantes pour les éleveurs et pour les autres usagers de la nature. Les incidents impliquant des chiens de troupeau doivent également être pris au sérieux. En juillet 2026, TF1 évoquait une quarantaine de pincements ou de morsures de chiens de protection déclarés en une année dans le seul département de l’Isère. Il y a un an dans les Hautes-Alpes un jeune homme s’est fait attaquer par quatre chiens de troupeaux et a faillit y laisser la vie. La protection des troupeaux, la sécurité des promeneurs, la régulation des populations de loups et l’avenir du pastoralisme méritent mieux que des réponses simplistes. Face à une situation aussi complexe, le bon sens devrait conduire à examiner toutes les solutions, sans en écarter aucune par principe, mais sans présenter non plus une technologie encore hypothétique comme une réponse immédiatement applicable.

 

 

Photo: Service photographique de Matignon

Source : https://www.chassons.com/actus/loups-equipes-de-gps-madame-la-ministre-etes-vous-serieuse/434111/

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