La Dombes est souvent présentée comme l’un des grands sanctuaires français des zones humides. Ses milliers d’étangs accueillent une biodiversité exceptionnelle, mais ces paysages ne doivent rien au hasard. Depuis des siècles, ils sont entretenus et façonnés par les activités humaines, au premier rang desquelles figurent la pisciculture, l’agriculture et la chasse. Le récent classement des « Étangs de la Dombes » en Espace Naturel Sensible par le Département de l’Ain vient rappeler cette réalité. Et derrière cette reconnaissance, la Fédération départementale des chasseurs de l’Ain joue un rôle très concret dans la gestion de plusieurs sites.
À Vernange, la biodiversité passe aussi par les travaux
Le Domaine de Vernange constitue sans doute l’un des meilleurs exemples de cette implication. Propriété de la Fondation pour la Préservation de la Nature et géré par la Fédération départementale des chasseurs de l’Ain, le domaine a récemment bénéficié d’importants travaux destinés à rouvrir les milieux naturels et à restaurer les ouvrages piscicoles. L’objectif n’était pas simplement de rendre le site plus agréable aux visiteurs. Il s’agissait avant tout de lui redonner son potentiel écologique, tout en renouant avec la gestion traditionnelle des étangs dombistes. La remise en gestion piscicole constitue ici un élément essentiel. Car en Dombes, l’entretien d’un étang, sa mise en eau, sa vidange et son exploitation piscicole participent au fonctionnement de tout un écosystème. Les travaux réalisés à Vernange montrent ainsi qu’une activité économique traditionnelle peut parfaitement s’inscrire dans une démarche de préservation de la biodiversité. Le résultat est visible car les milieux ont été restaurés, les conditions d’accueil de la faune améliorées et plusieurs sentiers permettent désormais au public de découvrir le domaine. Un observatoire offre également la possibilité d’observer les oiseaux d’eau présents sur l’étang du Grand Vernange.
Le « triptyque dombiste » comme outil de conservation
Cette approche rappelle une évidence parfois oubliée dans les débats sur la protection de la nature : certains paysages remarquables sont précisément le résultat d’une gestion humaine ancienne. Le Département de l’Ain parle lui-même du « triptyque dombiste » pour désigner la complémentarité entre pisciculture, chasse et agriculture. Ces activités génèrent des ressources économiques qui permettent notamment aux propriétaires de conserver et d’entretenir leurs étangs. Autrement dit, la biodiversité dombiste ne repose pas uniquement sur des classements ou des réglementations. Elle dépend également de la capacité à maintenir les équilibres économiques et les pratiques qui permettent aux étangs d’exister et de fonctionner. C’est dans cette logique que s’inscrit l’action de la Fédération des chasseurs de l’Ain. En assurant la gestion de Vernange et de l’étang du Chapelier, elle participe directement à cette politique de conservation. Elle intervient ainsi sur le terrain, au contact des milieux, plutôt que dans le seul registre des déclarations d’intention.
L’écocontribution transformée en actions concrètes
L’autre enseignement intéressant du projet de Vernange concerne son financement. Les travaux ont été réalisés grâce au soutien du Département de l’Ain, dans le cadre d’un partenariat avec la Fédération départementale des chasseurs, mais également grâce à l’écocontribution, dispositif associant la Fédération nationale des chasseurs et l’Office français de la biodiversité. Pour le monde de la chasse, cette réalisation constitue donc un exemple très concret de ce que peut produire l’investissement dans la biodiversité. Restaurer des milieux, remettre en état des ouvrages, favoriser la présence de la faune, permettre au public d’acc��der au site et développer demain des suivis scientifiques sont des actions qui se mesurent sur le terrain. L’ENS « Étangs de la Dombes » compte désormais plusieurs sites, appartenant à des propriétaires et gérés par différents partenaires. Cette diversité illustre finalement la richesse du modèle dombiste où collectivités, fondations, OFB, pisciculteurs, agriculteurs et chasseurs peuvent intervenir ensemble, chacun avec ses compétences. En Dombes, protéger la biodiversité ne signifie donc pas nécessairement mettre la nature sous cloche. Cela peut aussi consister à restaurer les milieux, entretenir les étangs et faire vivre les activités qui ont contribué à façonner ce patrimoine naturel exceptionnel. Et sur ce terrain-là, les chasseurs de l’Ain ne sont pas de simples utilisateurs de la nature, ils en sont aussi, très concrètement, des gestionnaires et des acteurs de sa préservation.